La guerre des monnaies digitales : euro numérique vs yuan numérique

18 septembre 2025

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L’essor des monnaies digitales de banque centrale (MNBC) n’est plus une hypothèse mais une réalité. En quelques années, elles sont devenues un enjeu géopolitique majeur, à la croisée de la souveraineté monétaire et de la compétition économique mondiale. Alors que la Chine avance à grands pas avec son yuan numérique, l’Europe tente de rattraper son retard avec le projet d’euro numérique. Cette rivalité illustre les bouleversements en cours dans le système financier international.

 

Le contexte : une mutation accélérée de la monnaie

Depuis la crise sanitaire de 2020, les paiements numériques ont connu une accélération spectaculaire. Selon la Banque centrale européenne (BCE), la part des paiements en espèces est passée de 72 % en 2019 à 59 % en 2022 dans la zone euro. En parallèle, les solutions de paiement en ligne et mobile, dominées par des acteurs privés comme Visa, Mastercard ou encore Alipay, se sont imposées.

Cette dépendance accrue aux systèmes non européens a poussé la BCE à envisager l’euro numérique comme un outil de souveraineté. De son côté, la Chine a pris une avance considérable avec son projet de Digital Currency Electronic Payment (DCEP), connu sous le nom de yuan numérique, déjà testé à grande échelle depuis 2020.

 

change marqué sur fond noir

 

Le yuan numérique : une stratégie de puissance

La Banque populaire de Chine (PBoC) est la première grande banque centrale à avoir déployé une MNBC opérationnelle. Depuis les premiers tests en 2020, le yuan numérique a été expérimenté dans plus de 26 provinces et utilisé lors des Jeux olympiques d’hiver de Pékin en 2022. Fin 2023, selon la PBoC, plus de 260 millions de portefeuilles numériques avaient été ouverts, représentant un volume de transactions dépassant les 1 800 milliards de yuans (environ 230 milliards d’euros).

La stratégie chinoise est claire : réduire la dépendance au dollar dans les échanges internationaux, tout en renforçant le contrôle sur son économie domestique. Le yuan numérique permet à Pékin de tracer en temps réel les transactions, limitant l’anonymat et renforçant sa capacité de surveillance financière. Cette transparence, perçue comme intrusive en Europe, est au cœur de la logique chinoise de contrôle et de pilotage de la masse monétaire.

Une arme géopolitique

Au-delà de ses frontières, la Chine cherche à internationaliser son yuan numérique, notamment dans le cadre de l’initiative des Nouvelles routes de la soie. Des projets pilotes sont menés avec la Banque des règlements internationaux (BRI) et plusieurs pays asiatiques pour tester les paiements transfrontaliers. L’objectif est explicite : offrir une alternative au système SWIFT dominé par les États-Unis et, à terme, limiter l’hégémonie du dollar.

 

L’euro numérique : entre prudence et nécessité

Face à cette offensive, la Banque centrale européenne avance plus prudemment. Le projet d’euro numérique, lancé officiellement en juillet 2021, est encore en phase préparatoire. En octobre 2023, la BCE a annoncé entrer dans la phase de conception, qui doit durer jusqu’en 2026, avant une éventuelle mise en circulation.

Les objectifs européens

L’euro numérique n’est pas pensé comme un substitut aux espèces, mais comme un complément. Il vise trois objectifs principaux :

  • garantir la souveraineté monétaire face aux géants technologiques étrangers,
  • renforcer la stabilité du système financier européen,
  • offrir aux citoyens un moyen de paiement numérique sécurisé et accessible.

Contrairement au modèle chinois, la BCE insiste sur la protection de la vie privée. Elle promet que les transactions de faible montant pourraient rester anonymes, afin de préserver une certaine confiance du public. En revanche, les paiements de grande valeur seraient soumis à des contrôles conformes aux règles anti-blanchiment.

Les défis à surmonter

L’Europe fait face à plusieurs obstacles. D’une part, l’opinion publique reste partagée : un sondage de l’Eurobaromètre de 2023 montrait que seuls 52 % des Européens se déclaraient favorables à l’euro numérique, souvent par crainte d’une surveillance accrue. D’autre part, la BCE doit composer avec la diversité des systèmes bancaires nationaux et la méfiance des banques commerciales, qui redoutent une désintermédiation.

 

Deux modèles opposés

La confrontation entre le yuan numérique et l’euro numérique révèle deux visions radicalement différentes de la monnaie digitale.

  • En Chine, la logique est centralisée, axée sur le contrôle et la projection de puissance internationale.
  • En Europe, l’approche est plus prudente, cherchant à concilier innovation et respect des libertés individuelles.

Cette divergence reflète aussi les différences politiques fondamentales entre un régime autoritaire et une union démocratique soumise au débat public.

 

une infographie sur la guerre des monnaies numériques

 

Les enjeux pour l’économie mondiale

La montée en puissance des MNBC n’est pas qu’une affaire technique. Elle pourrait redessiner la carte des échanges internationaux. Si le yuan numérique venait à s’imposer dans le commerce asiatique ou dans les contrats énergétiques, il pourrait affaiblir la domination du dollar et marginaliser l’euro. L’Europe, pour rester crédible, ne peut se permettre de rester spectatrice.

Les États-Unis eux-mêmes s’interrogent sur un éventuel dollar numérique, mais avancent avec une extrême prudence. Dans ce contexte, l’euro numérique est autant une réponse à la Chine qu’un moyen de maintenir l’équilibre face au billet vert.

 

Une guerre encore ouverte

La guerre des monnaies digitales ne se jouera pas uniquement sur la technologie. Elle dépendra aussi de la confiance des citoyens, de la coopération internationale et de la capacité des États à défendre leur souveraineté monétaire. L’issue est loin d’être tranchée. Mais une chose est certaine : le paysage monétaire mondial de 2030 sera très différent de celui que nous connaissons aujourd’hui.

 

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