Pourquoi Ethereum reste indétrônable comme deuxième crypto du marché ?

28 juillet 2025

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Depuis près de dix ans, l’ETH d’Ethereum occupe la deuxième place du classement des cryptomonnaies, juste derrière Bitcoin. Entretemps, des dizaines de blockchains sont arrivées sur le marché et ont tenté de lui ravir cette position. Solana bien sûr, mais aussi Avalanche, Cardano, Polkadot, etc. Certaines sont clairement plus rapides, d’autres bien moins chères, toutes en tout cas sont venues avec leur lot d’innovations. Et pourtant, Ethereum reste solidement ancré à sa place.

Comment expliquer cette avance ?

La réponse tient moins à la technologie pure qu’à des éléments économiques que les concurrents peinent à reproduire.

 

Plus il y a de monde, plus c’est difficile de partir ailleurs

Le premier obstacle pour détrôner Ethereum est clairement l’effet réseau. Vous connaissez le concept : un service devient exponentiellement plus utile à mesure que le nombre d’utilisateurs augmente. WhatsApp, par exemple, n’a aucun intérêt sans vos contacts. Facebook vide serait inutile. Même chose pour une blockchain sans utilisateurs, sans applications et sans liquidité, elle n’attire tout simplement personne.

Ethereum bénéficie aujourd’hui d’un effet réseau massif. La blockchain héberge 80 milliards de dollars en valeur verrouillée (l’argent placé dans diverses applications décentralisées). Pour mettre ce chiffre en perspective, Solana, souvent présentée comme son principal concurrent, en compte moins de 10 milliards. Et cette différence a des conséquences très concrètes.

Prenons l’exemple des stablecoins, ces cryptomonnaies dont la valeur est calquée sur le dollar. Sur les 200 milliards de dollars de stablecoins en circulation, plus de 90% se trouvent sur Ethereum et servent à échanger de l’ether, des cryptos basées sur Ethereum (dites ERC-20) ainsi que des instruments de trading comme les options sur Ethereum

Pourquoi ? Parce que c’est là que se trouvent les utilisateurs, les applications et la liquidité (la facilité d’échanger ses actifs). Un émetteur de stablecoin qui choisirait une blockchain alternative prendrait le risque de ne toucher qu’une fraction du marché.

Cette concentration crée un cercle peu évident à stopper :

  • Les nouveaux projets choisissent Ethereum, car c’est là que se trouve l’argent
  • Les investisseurs placent leur argent sur Ethereum, car c’est là que se trouvent les projets
  • Les utilisateurs restent sur Ethereum, car c’est là que se trouvent les services
  • Les services se développent sur Ethereum, car c’est là que sont les utilisateurs
  • Et ainsi de suite !

Après dix ans de fonctionnement, Ethereum a gagné la confiance des acteurs institutionnels. Cette confiance se matérialise par des choix très concrets : BlackRock a choisi Ethereum pour tokeniser ses premiers fonds (transformer des actifs traditionnels en tokens numériques), JPMorgan utilise une version d’Ethereum pour ses transactions interbancaires. D’autres acteurs ont fait de même, depuis l’arrivée des ETF Ethereum (fonds négociés en bourse qui suivent le prix de l’ETH) approuvés par le gendarme américain des marchés en juillet 2024.

 

une pièce d'Ethereum

 

Les créateurs d’applications ne veulent pas changer d’univers

Si Ethereum était un pays, les développeurs en seraient les citoyens en quelque sorte. Ce sont eux qui créent les applications, inventent les nouveaux usages, corrigent les bugs, etc. Or, Ethereum compte la plus grande communauté de développeurs blockchain, et cette avance ne cesse de se creuser.

Le principal atout d’Ethereum dans cette bataille pour les talents, c’est Solidity, son langage de programmation. Après des années d’évolution, il faut comprendre que Solidity est devenu l’équivalent de l’anglais dans le monde blockchain. Pas forcément le plus élégant, mais celui que tout le monde comprend.

Un développeur qui maîtrise Solidity peut travailler sur des centaines de projets différents. À l’inverse, apprendre le langage d’une blockchain concurrente (comme Rust pour Solana ou Move pour Aptos), c’est du temps en plus à investir pour un bénéfice incertain.

L’écosystème de développement d’Ethereum est assez particulier. Il y a au cœur de tout ceci ConsenSys, principale entreprise du secteur, et qui emploie 800 personnes uniquement dédiées à améliorer les outils Ethereum. L’infrastructure de support fabriquée par ConsenSys au fil des années est impressionnante :

  • Des milliers de tutoriels et de formations en ligne
  • Une documentation technique traduite en dizaines de langues
  • Des forums d’entraide actifs 24h/24
  • Des bibliothèques de code prêtes à l’emploi
  • Des outils de test et de déploiement professionnels

Cette richesse attire les nouveaux développeurs, qui à leur tour enrichissent l’écosystème. Un développeur junior commencera naturellement par Ethereum car c’est là qu’il trouvera le plus de ressources pour apprendre. Une fois formé, pourquoi changerait-il ? Ses compétences sont valorisées, les opportunités d’emploi sont légion, la communauté est active. Ce cycle auto-entretenu constitue l’une des barrières les plus solides à l’entrée pour les concurrents.

 

Quand même les concurrents copient votre technologie

L’un des paradoxes du monde blockchain, c’est que de nombreux concurrents d’Ethereum (ils se présentent en “ethereum killers”) utilisent en réalité… sa technologie. L’EVM (Ethereum Virtual Machine, le moteur qui fait tourner les applications) est devenu un standard de facto de l’industrie.

Des blockchains comme BNB Chain, Avalanche C-Chain ou Polygon sont “EVM-compatibles”. Qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement qu’elles peuvent faire tourner les mêmes applications qu’Ethereum, sans modification.

Cette compatibilité vient du fait que les créateurs de ces blockchains ont compris qu’il était plus facile d’attirer des développeurs en leur permettant de réutiliser leur code existant. Et cela plutôt qu’en leur demandant de tout réapprendre. Mais ce faisant, ils renforcent paradoxalement la position d’Ethereum. Chaque blockchain EVM-compatible devient, d’une certaine manière, une extension de l’écosystème Ethereum plutôt qu’une véritable alternative.

Les layers 2 (couches et réseaux secondaires) représentent l’aboutissement de cette logique. Ces solutions, comme Arbitrum, Optimism ou Base (lancée par Coinbase), sont des blockchains construites sur Ethereum qui permettent des transactions plus rapides et moins chères tout en héritant de sa sécurité. Au lieu de concurrencer Ethereum, elles l’étendent. C’est comme si, face aux embouteillages dans Paris, on construisait des voies rapides en périphérie plutôt que de bâtir une nouvelle capitale.

Cette architecture modulaire transforme ce qui pourrait être une faiblesse, la lenteur relative d’Ethereum, en force. Les applications nécessitant rapidité et bas coûts migrent vers les layers 2, tandis qu’Ethereum reste le coffre-fort ultime où la sécurité prime. Les concurrents qui misent tout sur la vitesse se retrouvent à courir une course qu’Ethereum a cessé de disputer.

D’ailleurs, à la mi-juillet, un haut cadre de la Fondation Ethereum, Josh Chaskin déclarait ceci sur X/Twitter : “Sans aucune ironie, je pense que la plupart des alt-L1 [les blockchains alternatives, donc] deviendront un jour des L2 [pour Ethereum]. (…) C’est simplement un meilleur modèle.” Au rythme où vont les choses, la prédiction n’est pas dénuée de sens.

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