Quand on est salarié, on veut tous la même chose : gagner un peu plus à la fin du mois. Et c’est bien normal. On ne bosse pas pour la gloire, mais pour vivre correctement, se faire plaisir et avancer dans la vie. Alors forcément, l’augmentation de salaire est sans doute la meilleure option à long terme. Mais attention à bien prendre conscience que le montant annoncé sera différent de ce que vous allez réellement percevoir
L’erreur classique à éviter
C’est une scène qu’un bon nombre de salarié ont déjà connu. On sort d’un entretien avec son supérieur hiérarchique, le cœur un peu plus léger : la hausse de salaire est actée. Vous recevez par exemple 200 euros brut de plus par mois. Et tout de suite, le cerveau fait le raccourci : 200 euros brut = 200 euros net. Ce serait génial, mais… non.
Dans les faits, l’écart entre le brut annoncé et ce que vous allez réellement voir apparaître sur votre fiche de paie peut être important. Et si on n’anticipe pas cette différence, on peut vite être déçu. D’où l’intérêt de bien comprendre les mécanismes qui se cachent derrière cette fameuse “augmentation”.
Brut vs net : ce qu’il faut garder en tête
Le salaire brut, c’est ce que l’employeur paie charge patronales déduites. Le salaire net, c’est ce que vous touchez, charges salariales déduites. Le salaire NET est donc égal au Brut auquel on va déduire les charges suivantes : cotisations sociales, retraite, assurance maladie, chômage, etc. En moyenne, elles représentent environ 23 % à 25 % du salaire brut dans le privé.
Autrement dit, une augmentation de 200 € brut ne vous rapportera pas 200 € net, mais plutôt entre 150 € et 155 € net. Et encore, ce n’est qu’une moyenne, car selon votre statut (cadre ou non), votre convention collective ou votre contrat, cette différence peut varier.
Note : pour estimer rapidement ce que vous toucherez réellement, vous pouvez utiliser un outil pour faire le calcul de votre salaire en net. Il vous donnera une idée claire de ce que cette augmentation changera concrètement sur votre fiche de paie. À la place de votre salaire brut actuelle, mettez ce même salaire en y ajoutant le montant de votre augmentation.
Ce que l’on oublie souvent : impôts, prélèvement à la source, tranches fiscales
Depuis l’arrivée du prélèvement à la source, une partie de l’impôt sur le revenu est directement déduite de votre salaire net. Et c’est là que les choses peuvent devenir floues.
Si votre revenu augmente, vous pouvez :
- passer dans une tranche d’imposition supérieure
- Votre taux de prélèvement automatiquement pourrait augmenter
- perdre certains avantages ou réductions de charges (comme la prime d’activité).
En clair, même si votre net “avant impôts” augmente, votre net “après impôts” pourrait progresser moins vite que prévu. C’est frustrant, mais c’est important à anticiper pour éviter les mauvaises surprises.
Voici des exemples : augmentation de 200 euros
Afin de vous faire une idée, voici des exemples d’augmentations de 200 euros en fonction des revenus et des tranches marginales d’imposition.
- Si vous gagnez en NET, entre 0 et de 11 497 euros alors votre augmentation ne sera pas taxée à l’impôt sur le revenu, vous percevrez 155 euros net par mois après impôt
- Si vous gagnez en NET, entre 11 497 et 29 315 euros alors votre augmentation ne sera taxée qu’à 11% ce qui peut encore être acceptable vous percevrez 138 euros net par mois après impôt
- Cependant, si vous gagnez plus de 29 315, chaque euro gagné sera imposé à 30%, soit un tiers. Ce qui veut dire que pour une augmentation de 200 euros brut, vous recevrez 155 euros net, soumis à 30% d’impôt. Cela vous laissera à peine 108 euros après impôt.
- Enfin, si vous êtes à la quatrième tranche du barème progressif, vous percevrez 91 euros net d’impôt. Si vous êtes dans cette tranche, l’état vous ponctionne donc plus de la moitié de votre brut, sur toutes vos augmentations, et cela se rajoute bien évidemment aux charges salariales que vous payez déjà, sur votre salaire initial. Dans cette tranche d’imposition, les charges salariales de votre salaire s’élèvent déjà à plus de 20 000 euros.
Avantages en nature : une alternative (parfois) plus intéressante
Dans certains cas, demander une hausse de salaire directe n’est pas toujours la meilleure option, surtout si vous gagnez plus de 2500 euros net par mois. Il y a des compensation en natures qui peuvent être intéressantes, comme un véhicule de fonction, une carte carburant, des tickets-restaurant, une prime exceptionnelle, des heures supplémentaires… Ces avantages ne sont pas soumis aux mêmes charges qu’un salaire classique.
Ils peuvent donc représenter plus de pouvoir d’achat, sans faire exploser le coût pour l’employeur. Attention cependant : tous les avantages ne se valent pas, et certains sont quand même fiscalisés. Mais dans une négociation, il peut être intéressant d’en parler, surtout si l’entreprise a peu de marge pour augmenter les salaires bruts.
Hausse de la fiscalité sur les véhicules de fonction depuis février 2025
Bien qu’elles étaient un bel avantage en nature, depuis février 2025, l’Urssaf a décidé d’augmenter de 67% les charges sociales sur les voitures de fonction (voitures thermiques et hybrides rechargeables) et donc en finalité, moins de salaire net pour l’employé. En effet, selon selon Patrick Maurice, cofondateur et CEO de Dougs, une Peugeot 3008 Hybrid coutait environ 6000 euros de charges sociales à l’année, tandis que maintenant, il faudrait compter environ 10000 euros. Ce qui ferait en finalité, une perte de 200 euros net par mois pour le salarié qui bénéficie de cette voiture.
Cette augmentation serait uniquement prise en compte pour les véhicules commandés après février 2025. Il serait aussi possible pour les entreprises, de conserver leurs contrats de location ou leasing en cours, pour éviter cette double peine mise en place par l’Urssaf.
Une autre alternative à cet avantage en nature serait de négocier les indemnités kilométriques, qui sont, elles, net d’impôt !
Conclusion :
Une augmentation de salaire, c’est toujours une excellente nouvelle. Mais, pour vraiment en profiter, il faut bien prendre en compte votre tranche d’imposition, pour ne pas voir cette dernière, fondre comme neige au soleil.
Ne vous arrêtez pas au chiffre brut annoncé. Posez les bonnes questions, faites vos calculs, et n’hésitez pas à utiliser des outils fiables pour estimer votre net.
Enfin, lors d’une éventuelle négociation, vous pouvez demander à ce que votre augmentation soit exprimée en net, surtout si vous êtes un maillon indispensable de l’entreprise.