La désignation d’un commissaire aux comptes est un sujet central pour de nombreuses entreprises françaises, en particulier les PME qui se situent à la limite des seuils légaux. Depuis la réforme de l’audit légal de 2019, ces seuils sont régulièrement réévalués afin de mieux refléter l’évolution économique et d’éviter d’imposer des obligations excessives aux structures les plus petites. Fin 2025, une nouvelle actualisation entre en vigueur. Elle concerne l’ensemble des sociétés commerciales qui ne sont pas tenues à un audit obligatoire en raison de leur statut ou de leur secteur d’activité.
Ces ajustements répondent à une logique claire. Ils visent à moderniser le cadre de l’audit légal, à renforcer la lisibilité des obligations et à concentrer la présence d’un commissaire aux comptes sur les entreprises dont la taille justifie réellement un contrôle légal des comptes. Pour les dirigeants, cette évolution représente autant une opportunité de simplification qu’un besoin de vigilance administrative.
Pourquoi de nouveaux seuils en 2025 ?
La précédente réforme de l’audit légal avait significativement relevé les seuils de nomination obligatoire d’un commissaire aux comptes. Cette révision s’appuyait sur une recommandation européenne visant à alléger les obligations pesant sur les petites entreprises. Depuis 2019, les seuils étaient restés identiques, malgré l’inflation, l’augmentation généralisée du chiffre d’affaires des entreprises et les évolutions comptables résultant de la digitalisation.
Afin de maintenir un cadre cohérent, le gouvernement a décidé d’actualiser les seuils en fonction des indicateurs macroéconomiques les plus récents. Cette mise à jour s’appuie notamment sur les données de l’INSEE concernant la progression du chiffre d’affaires médian dans les secteurs marchands, ainsi que sur l’évolution de la masse salariale dans les PME.
L’objectif est double : éviter qu’un trop grand nombre de petites entreprises ne soient soumises à des obligations disproportionnées et renforcer la pertinence du contrôle légal pour les structures réellement significatives.
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Quels sont les nouveaux seuils applicables fin 2025 ?
Les seuils d’audit obligatoire concernent trois critères cumulatifs : le total de bilan, le chiffre d’affaires hors taxes et le nombre moyen de salariés. Jusqu’à présent, les valeurs déclenchant la nomination d’un commissaire aux comptes étaient les suivantes :
- 4 millions d’euros de total bilan,
- 8 millions d’euros de chiffre d’affaires,
- 50 salariés.
Selon l’annonce faite par la Chancellerie et les travaux préliminaires menés avec la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes, ces seuils seront réévalués fin 2025 afin de tenir compte de l’inflation cumulée depuis 2019 et de l’évolution du tissu économique.
Les nouveaux seuils prévus pour la clôture des exercices ouverts à partir du 1er décembre 2025 seront les suivants :
| Critère | Anciens seuils | Nouveaux seuils 2025 |
| Total de bilan | 4 millions € | 5 millions € |
| Chiffre d’affaires HT | 8 millions € | 10 millions € |
| Nombre de salariés | 50 | 50 (inchangé) |
Le maintien du seuil relatif aux salariés s’explique par la stabilité observée dans les effectifs moyens des PME depuis 2020, d’après les données de l’INSEE. En revanche, la hausse des seuils financiers reflète l’évolution des prix et du chiffre d’affaires moyen dans de nombreux secteurs, notamment dans les services et l’industrie.
Ces seuils s’appliquent aux sociétés commerciales classiques (SARL, SAS, SA) qui ne disposent pas déjà d’une obligation d’audit spécifique, par exemple en raison de leur secteur réglementé ou de l’émission de titres.
Quelles entreprises seront concernées par ce changement ?
L’impact de cette révision est particulièrement notable pour les petites entreprises en croissance. Certaines PME qui approchaient ou dépassaient légèrement les anciens seuils pourront désormais rester exemptées, en particulier celles dont le chiffre d’affaires a augmenté du fait de l’inflation plus que d’un développement réel de l’activité.
Les entreprises qui franchissent deux des trois nouveaux seuils devront procéder à la nomination d’un commissaire aux comptes. La nomination s’effectue généralement lors de l’assemblée approuvant les comptes de l’exercice au cours duquel les seuils sont dépassés. Elle est valable pour une durée de six ans, comme le prévoit le Code de commerce.
Pour les entreprises déjà auditée mais qui repassent en dessous des seuils en 2025 et 2026, le principe reste inchangé : l’obligation de nomination d’un commissaire aux comptes ne cesse pas automatiquement. Le mandat doit aller à son terme, sauf cas particuliers comme la dissolution ou certaines restructurations juridiques.
Quels enjeux pour les dirigeants et les investisseurs ?
L’ajustement des seuils fin 2025 a plusieurs implications pratiques. D’une part, il allège potentiellement les coûts de conformité pour les plus petites structures, qui peuvent économiser entre 5 000 et 15 000 euros par an selon la nature de l’audit. D’autre part, il renforce l’importance du rôle du commissaire aux comptes pour les entreprises qui franchissent les seuils, car l’audit légal reste un outil de sécurité financière, de transparence et de confiance pour les investisseurs et partenaires bancaires.
La présence d’un commissaire aux comptes peut aussi constituer un atout pour les entreprises en phase de levée de fonds, de transmission ou de croissance externe. Les investisseurs professionnels y voient un gage de fiabilité, en particulier dans un contexte économique où les bilans se complexifient.
En résumé, cette évolution des seuils en 2025 vise à rééquilibrer les obligations d’audit afin de mieux cibler les entreprises pour lesquelles le contrôle légal apporte une réelle valeur ajoutée.
Sources de l’article :
INSEE
Banque de France
Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes
Ministère de l’Économie et des Finances
Service-public.fr