Au cours des deux dernières décennies, les locations à court terme ont profondément transformé le secteur de l’hébergement touristique. Popularisées par des plateformes comme Airbnb, Abritel ou encore Booking, elles offrent aux voyageurs une alternative aux hôtels classiques, souvent perçue comme plus authentique, flexible et abordable.
Mais au-delà de la simple évolution des habitudes de voyage, cette tendance a engendré des effets économiques majeurs, à la fois locaux et mondiaux.
Une industrie en pleine expansion
Le marché mondial de la location temporaire mi-séjour représentait 64 milliards de dollars en 2024, selon une étude de la plateforme Minut. En France, la tendance est particulièrement marquée. Deloitte, dans un rapport réalisé pour Airbnb en 2024, estime que les séjours effectués via cette plateforme ont généré 43 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans l’économie française, incluant l’hébergement, la restauration, les commerces et les activités culturelles locales.
Ces chiffres illustrent l’ampleur du phénomène : les locations de courte durée ne sont plus marginales, elles participent activement au tissu économique local. D’après le même rapport, les voyageurs séjournant dans ce type d’hébergement dépensent en moyenne 99 euros par jour, dont 35 % dans la restauration, 12 % dans les commerces alimentaires, 10 % dans les loisirs, et 6 % dans le shopping. Cette répartition souligne la dynamisation de l’économie locale, souvent au bénéfice de petits commerçants et de prestataires indépendants.
Des effets contrastés sur le logement
Malgré ces retombées positives, les conséquences sur le marché immobilier suscitent de plus en plus de critiques. À Barcelone, ville emblématique du tourisme urbain, on estime que 25 à 30 % des logements du centre sont transformés en meublés touristiques, selon une enquête du journal Le Monde (2024). Cela réduit mécaniquement l’offre de logements disponibles pour les habitants, contribuant à une hausse des loyers et à la gentrification de certains quartiers.
Cette situation a poussé plusieurs municipalités à prendre des mesures. À Barcelone, la mairie prévoit de supprimer tous les appartements touristiques d’ici 2029, une décision inédite à cette échelle. En France, la ville d’Annecy applique déjà des restrictions via un quota de meublés touristiques par quartier, et une limitation du nombre de jours de location par an.
Une concurrence pour l’hôtellerie traditionnelle
Le développement des locations à court terme a également bouleversé l’industrie hôtelière. Selon l’EHL Hospitality Business School, ces nouvelles formes d’hébergement ont capté jusqu’à 15 % de part de marché aux hôtels dans certaines grandes villes. Les établissements traditionnels sont donc contraints de s’adapter : offres plus personnalisées, diversification des services, investissements dans la technologie et l’expérience client.
La location saisonnière un enjeu majeur
Dans ce contexte, la location saisonnière – qu’elle dure quelques semaines ou plusieurs mois – s’impose comme un pilier central du nouveau paysage touristique. Elle séduit une clientèle variée : travailleurs nomades, familles en transition, étudiants ou retraités en quête de flexibilité. Cette forme d’hébergement, à mi-chemin entre le court séjour touristique et la location traditionnelle, a un impact considérable sur l’économie locale et mondiale. Elle stimule la consommation sur des périodes prolongées, participe à la redynamisation de zones rurales ou périurbaines, et génère de nouvelles sources de revenus pour les propriétaires. Toutefois, cette tendance accentue également la pression sur le marché locatif de long terme, notamment dans les zones tendues, où des logements initialement accessibles aux résidents permanents sont désormais orientés vers une clientèle temporaire plus rentable. La location saisonnière, par son poids croissant, devient ainsi un enjeu clé de régulation pour les villes, entre attractivité touristique et droit au logement.
Quelles perspectives à long terme ?
Selon les prévisions de Statista, le marché des locations à court terme devrait connaître un taux de croissance annuel de 10,8 % entre 2024 et 2028. Cela démontre une confiance durable dans ce modèle, portée par une demande croissante et par l’essor du travail à distance, qui favorise les séjours de moyenne ou longue durée hors des grands centres urbains.
Cependant, cette croissance ne pourra se poursuivre que si elle s’accompagne de réglementations équilibrées. Les collectivités locales doivent pouvoir protéger leur tissu résidentiel sans pour autant étouffer l’innovation et le dynamisme économique générés par ces plateformes.
En résumé, les locations à court terme sont devenues un acteur économique incontournable. Elles créent de la valeur, soutiennent les commerces locaux et redessinent les usages du tourisme. Mais elles posent aussi des enjeux de régulation et de justice sociale, qui nécessitent des réponses politiques fortes et nuancées. Trouver cet équilibre sera essentiel pour assurer un développement harmonieux et durable du secteur.