Une décote désormais visible dans les chiffres
Longtemps perçue comme un simple défaut technique, la mauvaise performance énergétique est devenue un facteur de prix à part entière. Le basculement est récent, mais il est net.
D’après les Notaires de France (2024), un logement classé F ou G se vend en moyenne entre 15 % et 25 % moins cher en province qu’un bien équivalent mieux classé. Cette décote varie selon les territoires, mais elle est désormais intégrée dans les négociations.
Dans certaines régions comme la Nouvelle-Aquitaine ou l’Occitanie, les données publiées par SeLoger (2024) montrent même des écarts supérieurs à 20 % pour les maisons anciennes mal isolées.
Le marché ne sanctionne pas seulement un diagnostic : il anticipe un coût futur.
Les passoires thermiques font-elles vraiment baisser les prix ?
Oui. En province, un mauvais DPE entraîne presque systématiquement une baisse de valeur. Cette décote ne dépend pas uniquement de l’étiquette énergétique, mais de ce qu’elle implique : travaux à prévoir, contraintes réglementaires et coûts d’usage plus élevés. Plus le marché local est détendu, plus l’impact est fort.
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Une logique économique qui s’impose aux acheteurs
Ce changement s’explique d’abord par une évolution du comportement des acquéreurs. Aujourd’hui, le prix affiché ne suffit plus. Les acheteurs raisonnent en coût global.
Or, selon l’ADEME, une rénovation énergétique complète se situe généralement entre 20 000 € et 60 000 €, avec des montants qui peuvent dépasser 80 000 € pour une maison ancienne mal isolée. À cela s’ajoute l’incertitude sur la durée des travaux, leur complexité et leur rentabilité réelle.
Dans un marché provincial où les perspectives de plus-value sont souvent plus limitées qu’en zone tendue, ces coûts pèsent immédiatement sur la décision d’achat. La décote devient alors une forme d’ajustement logique.
Une pression réglementaire qui accélère le phénomène
Le durcissement progressif de la réglementation renforce cette tendance. La loi Climat et Résilience fixe un calendrier précis : depuis janvier 2025, les logements classés G ne peuvent plus être mis en location. Les logements classés F suivront en 2028.
Ce cadre n’est pas théorique. Il influence déjà le marché. Selon une étude du Ministère de la Transition écologique (2023), près de 17 % du parc immobilier français est encore classé F ou G. Une part importante de ces biens se situe en province, souvent dans des zones où l’ancien domine.
Pour un investisseur, acheter un bien qui ne pourra plus être loué sans travaux dans quelques années revient à intégrer un risque immédiat. Ce risque se traduit directement dans le prix.
Province : un marché plus sensible que les grandes villes
L’impact est particulièrement marqué en dehors des grandes métropoles. La raison est simple : le rapport de force entre vendeurs et acheteurs y est différent.
Dans les zones peu tendues, un bien doit cocher davantage de critères pour se vendre rapidement. À défaut, il reste sur le marché plus longtemps. Les chiffres de SeLoger (2024) indiquent qu’un bien classé F ou G met en moyenne deux fois plus de temps à se vendre qu’un logement classé D ou mieux.
Sur le terrain, ce phénomène est très visible. Des professionnels de l’immobilier en région rapportent régulièrement des négociations à deux chiffres sur les maisons anciennes mal isolées, là où des biens rénovés partent sans discussion.
Un écart de valeur qui dépasse le simple coût des travaux
Prenons un cas concret observé en province : deux maisons comparables, situées dans la même commune.
La première, bien isolée et classée C, trouve preneur rapidement autour de 220 000 €. La seconde, classée G, nécessite environ 40 000 € de travaux et se vend finalement autour de 175 000 €, après plusieurs mois sur le marché.
L’écart ne correspond pas uniquement au coût de la rénovation. Il intègre aussi le risque, le temps, l’incertitude et la complexité du projet. C’est ce qui explique pourquoi la décote peut dépasser le simple montant des travaux.
Un marché immobilier désormais à deux vitesses
Ce qui se dessine progressivement, c’est une segmentation du marché.
D’un côté, les biens performants énergétiquement bénéficient d’une demande soutenue, portée par la recherche de confort et la maîtrise des dépenses. De l’autre, les passoires thermiques deviennent des produits plus techniques, souvent réservés à des acheteurs capables d’absorber des travaux importants.
La hausse du coût de l’énergie accentue encore ce phénomène. Entre 2021 et 2024, les tarifs réglementés de l’électricité ont augmenté de plus de 30 % en France (Commission de régulation de l’énergie). Cette évolution renforce mécaniquement l’intérêt pour les logements économes.
Comment évaluer concrètement l’impact sur un bien ?
Avant d’acheter ou de vendre, il devient essentiel de dépasser la simple lecture du DPE. L’étiquette seule ne suffit pas : ce sont les travaux nécessaires pour changer de classe énergétique qui déterminent la valeur réelle.
Faire réaliser des devis précis permet d’éviter une erreur fréquente : sous-estimer le coût global du projet. De même, intégrer les aides comme MaPrimeRénov’ peut améliorer l’équation financière, sans pour autant annuler le reste à charge.
Enfin, la comparaison avec des biens similaires déjà rénovés dans la même zone reste l’un des indicateurs les plus fiables pour estimer le potentiel de valorisation.
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FAQ des passoires thermiques
Une passoire thermique peut-elle encore se vendre facilement ?
Oui, mais rarement au prix affiché. La vente passe souvent par une négociation importante ou une cible d’acheteurs spécifique.
La décote est-elle la même partout en France ?
Non. Elle est plus forte dans les zones rurales ou peu tendues, où les acheteurs ont davantage de choix.
Les aides à la rénovation changent-elles vraiment la donne ?
Elles réduisent le coût des travaux, mais ne suppriment ni leur complexité ni le reste à charge.
Est-ce une opportunité d’investissement ?
Cela peut l’être, à condition de bien maîtriser les coûts et d’anticiper la réglementation.
Le phénomène va-t-il s’amplifier ?
Oui, avec les prochaines interdictions de location, la pression devrait continuer à augmenter sur les biens mal classés.
Que retenir ?
Le marché immobilier en province a clairement intégré la performance énergétique comme un critère de valeur. Les passoires thermiques ne sont plus simplement moins attractives : elles sont devenues des biens à décote structurelle.
Pour les vendeurs, cela impose d’ajuster leurs attentes. Pour les acheteurs, c’est une nouvelle grille de lecture, plus exigeante mais aussi porteuse d’opportunités, à condition de raisonner au-delà du prix d’achat.
Pour aller plus loin :
Réglementation DPE 2025 : l’impact sur l’évaluation immobilière parisienne