Le marché noir du tabac flambe en France depuis la Covid

12 juillet 2022

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D’après un rapport de KPMG, les ventes de cigarettes non fiscalisées ont atteint un niveau record en France en 2021. Elles représentent 35% du total de la consommation, soit un bond de 5 points en un an. De plus, 29% des cigarettes proviendraient du marché noir.

Le commerce du tabac français est en pleine crise. C’est en tout cas ce qu’indiquent les données du dernier rapport de KPMG, le réseau anglo-néerlandais de cabinets d’audit et de conseil qui produit chaque année un rapport sur l’évolution du commerce illicite des produits de tabac.

D’après ces experts, en 2021, plus d’un tiers (35%) des cigarettes consommées dans l’Hexagone ont été achetées en dehors du circuit légal. Par conséquent, cette marchandise échappe à une fiscalité de 83%. Une économie parallèle qui pèse inévitablement sur les caisses de l’Etat français. Selon Éric Woerth, l’ex Président de la commission des Finances à l’assemblée nationale, le Trésors Public aurait perdu 3 milliards d’euros durant le confinement de 2020.

En effet, le commerce parallèle de cigarettes a explosé avec la pandémie. « Et cela va continuer en raison des hausses de prix successives de 1 euro par an depuis plusieurs années », prévient Jeanne Pollès, présidente de Philip Morris France, l’antenne de la multinationale du tabac Philip Morris International (PMI). Rappelons toutefois que c’est le groupe suisse qui finance l’étude de KPMG.

Selon ce cabinet, l’essentiel de cette activité (29%) provient des circuits illicites de contrebande et de contrefaçon. « Les achats transfrontaliers ne totalisent que 6% de ces 29%, tandis que la contrefaçon en représente 15% à elle seule ».

« Pendant la période Covid, les trafiquants ne pouvaient plus faire venir des cigarettes de l’étranger. Résultat, ils se sont mis à fabriquer en France. La police vient de démanteler une de leurs usines à Meaux. La fabrication de ces cigarettes ne respecte aucun des standards de l’industrie. Elles sont parfois faites à même le sol avec toutes sortes de mélanges », alarme Jeanne Pollès.

On dit souvent que l’argent est le nerf de la guerre. Cela vaut pour la cigarette. Dans les usines de ce type, les coûts d’élaboration sont minimes (entre 80 centimes et 1 euro le paquet). Les trafiquants vendent ensuite le paquet entre 3 et 4 euros. Il s’agit donc d’un commerce très lucratif qui suscite l’intérêt de la mafia. D’autant plus que les peines encourues sont plus faibles que celles concernant le trafic de drogue.

Au niveau européen, une directive est en cours d’élaboration sur la taxation de cigarettes, ainsi que sur les produits dits à risques réduits. Il s’agit de dispositifs qui permettent d’éviter la combustion, considérée comme le principal facteur cancérigène. C’est notamment le cas de la cigarette électronique et du tabac chauffé, les deux alternatives à la cigarette classique les plus répandues dans le monde.

De nombreux pays européens ont d’ores et déjà instauré une fiscalité proportionnelle au risque attribué à chaque produit de tabac. La France n’en fait pas partie. La directive ne souhaite toutefois pas harmoniser la fiscalité à l’échelle européenne. Il s’agit plutôt d’unifier la définition des catégories de produits d’un pays membre à l’autre. En France, le tabac chauffé est actuellement taxé comme le tabac traditionnel par exemple. De leur côté, les e-cigarettes ne supportent que la TVA.

« Il faut intégrer ces nouveaux produits dans la réflexion sur les pratiques et sur l’évolution de la fiscalité. Le taux de fumeurs au Royaume-Uni est passé de 25 % à 12 % en dix ans. C’est le discours des pouvoirs publics sur la moindre dangerosité de la e-cigarette qui a permis de diminuer la consommation de cigarettes outre-Manche », conclut Jeanne Pollès.

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