Le freelancing n’est plus l’évidence qu’il était.
Pendant plusieurs années, devenir freelance semblait être la meilleure façon de reprendre le contrôle de sa vie professionnelle. Choisir ses clients, fixer ses tarifs, travailler depuis chez soi ou à l’autre bout du monde… difficile de ne pas être séduit par cette promesse de liberté.
Les chiffres montrent d’ailleurs que cet engouement n’était pas qu’un effet de mode. Selon l’Insee, la France compte aujourd’hui près de 4,8 millions de travailleurs indépendants, soit environ 15 % des personnes en emploi. Dans le même temps, les créations de micro-entreprises restent à un niveau historiquement élevé : l’Urssaf en enregistre plus de 700 000 par an depuis plusieurs années.
Pourtant, un phénomène plus discret commence à se dessiner.
Des freelances installés depuis cinq, dix ou parfois quinze ans choisissent de redevenir salariés. Les recruteurs observent ce mouvement, les cabinets spécialisés également, et les témoignages se multiplient sur LinkedIn ou dans les communautés d’indépendants.
Faut-il en conclure que le freelancing ne fait plus rêver ?
Pas vraiment.
Ce retour vers le CDI traduit surtout un changement de contexte. Depuis deux ans, la croissance ralentit, certaines entreprises réduisent leurs dépenses externes et l’intelligence artificielle automatise une partie des tâches les plus répétitives. Dans le même temps, les employeurs proposent davantage de télétravail, des horaires plus souples et une meilleure qualité de vie au travail.
Autrement dit, les avantages historiques du freelancing ne sont plus aussi exclusifs qu’auparavant.
Pourquoi certains freelances retournent-ils en CDI ?
Contrairement à une idée reçue, la plupart des indépendants qui reviennent au salariat ne le font pas parce qu’ils ont échoué.
Ils prennent simplement une décision différente, en fonction de leur situation personnelle ou de l’évolution de leur marché.
Après plusieurs années d’activité, certains recherchent davantage de stabilité financière. D’autres souhaitent financer plus facilement un projet immobilier, préparer l’arrivée d’un enfant ou retrouver une séparation plus nette entre leur vie professionnelle et leur vie privée.
Le débat n’oppose donc pas deux modèles dont l’un serait supérieur à l’autre.
Il s’agit plutôt de trouver celui qui correspond le mieux à un moment donné de sa carrière.
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Quand l’indépendance ne compense plus toutes les contraintes
La liberté reste séduisante… jusqu’à ce que les revenus deviennent imprévisibles
C’est souvent ce que racontent les freelances qui choisissent de revenir en entreprise.
Au départ, tout fonctionne bien. Les premières missions arrivent rapidement, les revenus progressent et la sensation de liberté est bien réelle.
Puis le marché change.
Un client historique reporte ses projets.
Une entreprise réduit son recours aux prestataires externes.
Une mission qui semblait acquise est finalement annulée.
Ces situations font partie de la vie d’un indépendant, mais elles deviennent plus difficiles à absorber lorsque les dépenses personnelles augmentent.
Depuis 2023, plusieurs secteurs comme la communication, le marketing, la tech ou le recrutement connaissent un ralentissement des investissements. Les prestations externes figurent souvent parmi les premières dépenses revues lorsque les entreprises cherchent à réduire leurs coûts.
Un consultant peut ainsi afficher un excellent chiffre d’affaires une année… puis connaître plusieurs mois beaucoup plus calmes la suivante.
C’est l’une des principales différences avec le salariat : le revenu n’est jamais totalement acquis.
Selon Eurostat, les travailleurs indépendants travaillent en moyenne davantage d’heures que les salariés dans la plupart des pays européens. Cette disponibilité permanente constitue souvent le prix de l’autonomie.
Découvrez notre article : Comment trouver des missions en tant que freelance ?
Être freelance, c’est aussi gérer une entreprise
Beaucoup imaginent qu’un indépendant consacre l’essentiel de son temps à exercer son métier.
La réalité est souvent différente.
Avant même de produire la moindre prestation, il faut trouver des clients.
Répondre aux demandes.
Préparer des propositions commerciales.
Relancer.
Négocier.
Facturer.
Suivre les règlements.
Gérer la comptabilité.
Entretenir son réseau.
Se former.
Autrement dit, être freelance ne consiste pas uniquement à vendre une compétence.
Il faut également faire fonctionner une petite entreprise.
Plusieurs enquêtes menées auprès des indépendants montrent que ces activités non facturables représentent fréquemment 20 à 40 % du temps de travail, selon les métiers exercés.
Prenons un exemple concret.
Un consultant qui facture 700 € par jour peut sembler gagner beaucoup plus qu’un salarié. Mais si une journée par semaine est consacrée à la prospection, à l’administration ou à la veille, et que deux mois restent partiellement sans mission dans l’année, son revenu réellement disponible se rapproche parfois davantage de celui d’un cadre expérimenté que ne le laisse penser son tarif journalier.
C’est une réalité que beaucoup découvrent après quelques années d’activité.
Quand les priorités personnelles évoluent
À 28 ans, travailler où l’on veut et organiser librement ses journées peut représenter une priorité absolue.
À 38 ans, les attentes sont parfois différentes.
Un crédit immobilier.
Des enfants.
Des dépenses plus importantes.
L’envie de décrocher le soir sans penser à la prochaine facture ou au prochain prospect.
Dans ce contexte, le CDI retrouve naturellement de son attractivité.
Le salaire est versé à date fixe.
Les congés sont rémunérés.
La mutuelle est financée en partie par l’employeur.
Certaines entreprises proposent également un intéressement, une participation ou un plan d’épargne salariale.
Ces avantages paraissent secondaires tant que tout va bien.
Ils prennent une toute autre dimension lorsqu’un imprévu survient.
Les professionnels qui accompagnent des créateurs d’entreprise observent d’ailleurs régulièrement ce phénomène : les retours vers le salariat sont souvent davantage liés à une évolution de la vie personnelle qu’à une baisse de revenus.
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Le sujet dont parlent peu de freelances : la solitude
Lorsque l’on évoque le freelancing, la liberté occupe presque toute la conversation.
La solitude, beaucoup moins.
Pourtant, après plusieurs années passées à travailler seul, certains indépendants réalisent que ce qui leur manque n’est pas seulement un salaire fixe.
Ce sont aussi les échanges informels.
Les idées qui naissent au détour d’une discussion.
Le fait de pouvoir demander un avis en quelques secondes.
Ou simplement de partager un café avec une équipe.
Les espaces de coworking répondent en partie à ce besoin, mais ils ne remplacent pas toujours le sentiment d’appartenir à un projet collectif.
Cette dimension est régulièrement évoquée par d’anciens freelances, notamment dans les métiers du conseil, du numérique ou de la création, où les interactions quotidiennes jouent un rôle important dans la motivation et la créativité.
Le CDI a changé… et cela change aussi le calcul
Pendant longtemps, choisir le freelancing revenait à privilégier la liberté au détriment de la sécurité.
Cette opposition est aujourd’hui beaucoup moins évidente.
Le télétravail est désormais installé dans de nombreuses entreprises.
Les horaires sont souvent plus flexibles.
Certaines organisations proposent plusieurs jours de travail à distance chaque semaine, davantage d’autonomie et des modes de management plus souples.
Pour beaucoup d’indépendants, la question n’est donc plus :
« Ai-je envie d’être salarié ? »
Elle devient plutôt :
« Les avantages supplémentaires du freelancing compensent-ils encore les contraintes qu’il implique ? »
C’est probablement cette évolution qui explique le mieux pourquoi certains professionnels très qualifiés choisissent aujourd’hui de revenir vers le CDI, sans considérer pour autant que leur expérience d’indépendant était une erreur.
Au contraire, ils y voient souvent une étape particulièrement enrichissante de leur parcours, qui leur a permis de développer une autonomie, un sens du client et une capacité d’adaptation très appréciés des recruteurs.
Pour aller plus loin :
Pourquoi les travailleurs indépendants doivent préparer leur retraite plus tôt qu’avant ?
Freelance et TNS : comment optimiser sa protection sociale ?